Commémoration de La Libération
Mardi 8 mai 2007
« Ma petite maman chérie,
Mon tout petit frère adoré,
Mon petit papa aimé
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés
avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères
Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un
jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
Dix-sept ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande,
ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime »
Lettre de Guy Môquet à sa famille - 22 octobre 1941
Il y a 62 ans, l’Allemagne nazie capitulait. Le 8 mai à minuit, l’effroyable guerre qui ravageait depuis 6 ans l’Europe prenait fin. La liberté triomphait de la
barbarie et d’une idéologie nourrie de haine et de terreur. L’union des Forces Françaises Libres, les combattants de la résistance et les soldats des armées françaises comme des Alliées
permettaient à notre pays de se libérer de l’oppression.
Le 8 mai 1945, on ne signait pas l’armistice comme le 11 novembre 1918 mais bien l’effondrement total et définitif d’un régime qui avait terrorisé l’Europe tout
entière. Le 8 mai 1945, le monde passait de l’horreur à l’espoir, la nuit noire des miradors cédait la place à un monde nouveau !
Comment oublier la guerre la plus meurtrière de toute l’histoire ! 35 millions de blessés, 3 millions de disparus et près de 55 millions de morts :
des pertes civiles du monde entier, des peuples au combat contre le Nazisme parmi lesquels l’ex-Union soviétique avec ses 26 millions de morts, des Communistes et des Gaullistes pourchassés, des
millions de prisonniers, des juifs et des tziganes exterminés… Partout la peur du quotidien, la misère, le malheur et la mort. Et en France, une République déchue laissant le champ libre à
l'inqualifiable régime de Vichy !
Aujourd’hui réunis pour commémorer cette victoire, nous réitérons notre hommage à toutes les victimes de ces terribles années de guerre mais également notre volonté
de célébrer l’héroïsme de tous ces combattants de l’Ombre, de toutes ces femmes et ces hommes de la Résistance qui sauvèrent l’honneur de la France.
Bien que plongés dans la nuit noire de l’Occupation, les lumières de la Résistance commençaient à pointer. Avec des femmes et des hommes de toutes origines, de
toutes convictions, des Françaises et des Français mais également des étrangers « et nos frères pourtant » comme chantait Léo Ferré. Des forces antifascistes d’Espagne et du Front
populaire, aux Brigades internationales ils avaient émergé par milliers pour se redresser et dire Non à la défaite, réaffirmant ainsi les valeurs de la République. Si certains étaient partis pour
Londres, d'autres, entrés dans la clandestinité, avaient décidé de combattre sur le sol national.
Face à l'arbitraire, face au déshonneur de l’Armistice signé par Pétain, Partisans, résistants, maquisards, FTP, FFI, tous sans distinction, mus par un patriotisme
inébranlable, avaient fait le choix de la rébellion et du courage. Non, la France ne s’était pas entièrement soumise à Vichy ! Le 8 mai 1945, c’est leur victoire pour le triomphe de la
liberté, de notre liberté !
En disant cela, saluons la mémoire de Lucie Aubrac : « cette lumière rayonnante de la Résistance qui vient de s'éteindre » pour reprendre les propos
de Jacques Chirac lors de l’hommage solennel qui lui a été rendu. Oui ! Lucie Aubrac fait partie de ces êtres d'exception qui ont su porter plus haut le flambeau des idéaux de liberté et
d’humanisme. En associant Lucie Aubrac à son époux Raymond, notre pensée va tout droit vers deux de nos concitoyens qui ont eux aussi honoré la France. Moins publiques mais tout autant
téméraires, il s’agit de Julienne et René Volat. Il y eut aussi René Albert, Georges Bourgoin et Albin Desmazes et tous ceux dont les noms figurent aujourd’hui sur la stèle de notre monument aux
morts pour la Patrie. Oui, la liberté a ce prix, celui du combat et du sacrifice !
Notre gratitude doit être infinie envers tous ces frères de combats, algériens, marocains, tunisiens, malgaches, sénégalais… spahis, goumiers, tirailleurs,
zouaves... des combattants exemplaires, héritiers de traditions guerrières, admirables par leur courage qui ont combattu pour la Libération de la France.
Alors la Patrie des Droits de l’Homme ne peut accepter l’idée d’une immigration choisie. Si la France a pu compter sur ses colonies d’alors, elle se doit
aujourd’hui au nom de tous ceux qui ont payé le lourd tribu de leur vie, d’accueillir leurs représentants et d’apporter leur solidarité à tous les peuples aujourd’hui menacés dans leur
existence.
Conscient des dangers qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir, nous saurons reprendre le flambeau en continuant leur combat, la résistance à toutes les injustices. Sans
laisser usurper l’héritage de l’histoire nationale par un Nicolas Sarkozy pour qui, selon le COMITE DE VIGILEANCE SUR LES USAGES DE L’HISTOIRE, composé d’universitaires, « tout personnage et
toute époque sont bons à prendre, pourvu qu’il serve son goût du pouvoir dont l’obsession lui tient lieu de programme : Les croisades, la chrétienté, Jeanne d’Arc, Jaurès, Blum, De Gaulle,
la guerre d’Algérie, Mai 68, Guy Mocquet… ». Un homme dont les valeurs sont, toujours selon le même comité, des valeurs pétainistes : mythe du sauveur, idéologie de la famille, du
travail, de la patrie…Non enfin, nous ne laisserons pas berner par le dernier détournement de l’histoire qu’il vient d’annoncer : son pèlerinage, s’il était élu, au mémorial du plateau des
Glières, un des hauts lieux de la Résistance à l’occupant nazi. Un comble pour celui qui, pour se faire porter aux plus hautes responsabilités, n’a pas hésité à reprendre à son compte la plupart
des grands thèmes politiques de l’extrême droite, un comble pour celui qui a ordonné les rafles de sans-papiers devant les écoles.
Bien loin de dénoncer comme il le fit en décembre dernier dans la presse le goût excessif de la France pour la « repentance systématique », c’est au
devoir de mémoire que nous souscrivons aujourd’hui auprès de toutes les générations.
Car comme disait Primo Lévi, résistant italien déporté : « ceux qui oublient le passé sont condamnés à le revivre ».
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